The Times They Are A-Changin’
Par acceleronslefficacite le vendredi, juin 27 2008, 11:24 - Lien permanent
Les départements des entreprises sont sous pression. La crise financière et la dictature du cours de Bourse entraînent une vaste chasse au gaspi. Une croissance molle de la consommation des ménages (dans le meilleur des cas) ne nourrit pas la croissance de chiffre d’affaires. La politique est donc à la réduction des coûts. Cette course au profit aboutit à une demande de résultat immédiat. Pas le temps d’investir, il faut délivrer, compter les bœufs dès la fin de la Foire. La communication, bien sûr, n’échappe pas à la règle. Si ses résultats ne sont pas mesurables, elle devient vite injustifiée aux yeux des financiers. « Les départements marketing se sont constamment retranchés derrière un brouillard de résultats qui sont purement fondés sur des activités marketing tactiques, plutôt que sur des métriques financières solides… » Citation d’un directeur financier extraite de l’article de Jane Simms intitulé « Les marqueteurs manquent d’influence dans les conseils d’administration » paru dans Marketing Magazine13 en janvier 2008. Avec un tel état d’esprit, les questions « Pourquoi faire ? Combien ça coûte ? Combien cela rapporte ? » harcèlent les directions marketing.
Mais pourquoi les risques sont-ils si difficiles à prendre ? Parce que les décideurs marketing ont perdu leurs repères. Parce que leur environnement ces cinq dernières années a profondément changé. Le marketing a été remis en cause à trois niveaux.
- la marque dominante est morte. Marque et individu sont maintenant à égalité. Le Web 1.0 consacrait quelques centaines de milliers d’émetteurs dominants, marques ou institutions véhiculant leur bonne parole sans accorder un réel droit de réponse. Le Web 2.0, en revanche, a libéré le dialogue entre site et internaute d’une part, et entre internautes d’autre part. Le système RSS23 permet de mettre tous les individus en relation automatique. Le viral règne. Un milliard d’internautes prennent aujourd’hui la parole sur le Net à égalité d’influence, marques et institutions comprises. La voix de l’anonyme Creusois est aussi crédible que la multinationale de Cincinnati. Sinon plus... Le pouvoir est à ceux qui entendent cette voix et la relaient (Peer to Peer24), en un simple clic, à la vitesse de la lumière.
- le modèle traditionnel émetteur/récepteur n’a plus cours. Place au dialogue et à l’appropriation du message, avec ce que cela induit en termes de contraintes sur le contenu. Il me plaît, je le dis. Il ne me plaît pas, je me venge. C’est l’avènement du marketing participatif, où les internautes deviennent les partenaires des marques dans le développement de leur mix.
- la publicité traditionnelle n’est plus crédible. + 36 % d’investissements publicitaires sur Internet en 200725 certes. + 40 % selon les tendances du premier semestre 2008. Toutefois, quand on y regarde de près, ce n’est pas l’adaptation en ligne de la pub traditionnelle en bannières qui tire la croissance de la publicité sur Internet. C’est le pay per clic26, qui représente 42 % des investissements (recensés). Les mots clés qu’entrent les internautes dans les moteurs de recherche pour satisfaire leur soif d’info on demand alimentent le fameux modèle Google de liens sponsorisés. Le consommateur « opprimé » le plébiscite à coup de paires de clics, même si la compilation des interrogations sur le moteur de recherche a pour finalité la revente de son profil de consommation à des annonceurs. Voilà un subtil couplage entre SEM27 et media traditionnels destiné à affiner l’envoi de messages publicitaires et de promotions personnalisées. Without demand, ceux-là. L’environnement marcom28 est bouleversé. Est-ce une raison suffisante pour fermer les robinets ?
13 Marketers lack infl uence in the boardroom – Marketing Magazine - 15 janvier 2008
14 Growth Rating Point, mesure de pénétration théorique sur la cible de communication
15 What Sticks: Why Most Advertising Fails and How to Guarantee Yours Succeeds, Pourquoi la plupart des publicités sont vouées à l’échec et comment garantir votre succès. Editeur Kaplan Business -septembre 2006.
16 Écrans publicitaires encombrés en entrée de soirée à la télévision
17 Source Médiamétrie - Net Ratings avril 2008.
18 Centré sur moi
19 User Generated Content : contenu généré par les internautes
20 À la demande
21 Ipsos – L’offre media s’est fragmentée - février 2008
22 Massive Multiplayer Online Role Playing Game, jeux de rôles en ligne multi-joueurs
23 Really Simple Syndication, fonction gratuite qui permet une alerte automatique lors de la mise à jour
des blogs qui vous intéressent
24 D’individu à individu, entre ses pairs
25 Source IREP - France Pub - mars 2008.
26 Paiement déclenché par le clic sur le lien
27 Search Engine Marketing : marketing des moteurs de recherche
28 Marketing et communication


Vos réactions
A quand les stratégies 'marcom' soumises à l'approbation d'un conseil de surveillance de consommateurs?
« À quand les stratégies « marcom » soumises à l’approbation d’un conseil de
surveillance »
Votre interrogation cache en réalité 2 questions.
La première est : est-il possible au sens imaginable du terme d’envisager un tel conseil ? La seconde enfin est : est ce seulement souhaitable ?
Au sens imaginable du terme, tout est envisageable. La France est la reine des entités de régulation. Alors une de plus ou de moins. Zéro différence. Ce qui est sûr c’est qu’un tel conseil incarnerait l’étape ultime de l’avènement du Consommateur Roi (dont je parle plus haut) dont nous vivons ici où là les prémisses plus ou moins développées.
Un tel conseil s’apparente encore à l’heure où j’écris de la Science Fiction Marketing. Maintenant, nous sommes suffisamment aguerris pour savoir que la Science Fiction d’aujourd’hui « anticipe » très souvent la Réalité de demain.
La seconde question est je trouve de loin la plus intéressante. Est il souhaitable qu’une telle instance existe. Après tout quelle est la qualification du consommateur à s’exprimer sur des stratégies « marcom », dispose t’il d’une expertise professionnelle qui lui conférerait une légitimité à s’exprimer sur le sujet ?
Il existe déjà je vous le rappelle une instance historique nouvellement rebatisée Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité (anciennement appelée BVP) dont la mission est d’édicter des recommandations générales, sectorielles, par support ou bien thématiques dans l’exercice publicitaire.
Non seulement cette entité n’est pas liée aux pouvoirs publics mais en plus elle est composée de quatre collèges d’adhérents : les annonceurs, les publicitaires, les medias mais aussi et surtout les membres dits « correspondants » (syndicats professionnels, cabinets d’avocats, associations, etc). Donc autant dire que le consommateur est représenté au sein d’une telle instance de régulation.
Un tel conseil de surveillance serait appelé à surveiller quoi au juste ? que les dites stratégies ne heurtent pas la sensibilité des enfants… ? le degré de créativité des campagnes ? la conformité de la communication avec la réalité produit ?
Une telle instance existerait à la demande des entreprises/annonceurs dans le but de les aider à se forger une conviction, ou bien émanerait-elle des pouvoirs public avec en arrière fond ce vieux fond judéo chrétien de la culpabilité, la sanction/punition.
On peut d’ailleurs à cette étape de notre réflexion se demander dans quelle mesure ces conseils de surveillance des consommateurs n’existent pas déjà aujourd’hui, mais sous des formes plus diffuses.
En effet combien de campagnes publicitaires sortent aujourd’hui sans avoir été préalablement testées auprès de panel de consommateurs ?
Qu’on les nomme panels de consommateurs, focus groupes, études quali, autant de noms qui désignent de près ou de loin des conseils de surveillance en puissance, sollicités à se prononcer en permanence sur chaque fait et geste de la marque.
À une différence près c’est que dans ce cas précis ces panels de consommateurs jouent un rôle de surveillance certes mais à la demande ou au service de l’annonceur et non dans le but de le sanctionner.
Quand on sait les sommes mises en jeu, la pression des actionnaires on comprend aisément l’intérêt d’une entreprise à recourir à de telles instances pour se forger une conviction.
Pour autant de telles instances ne doivent pas servir l’entreprise à se décharger de ses responsabilités.
Pour autant on sait parce que nous sommes tous des consommateurs que de tels panels ne peuvent pas être la panacée à tous les problèmes.
On sait que la parole y est contenue. Qu’on ne dit que des choses avouables par peur du jugement d’autrui.
Quid du mimétisme/influence dont on sait aujourd’hui qu’il est un des ressorts majeurs du marketing pour lancer un produit et qu’une telle instance ne permet pas de valoriser.
Une autre remarque qui plaiderait en la défaveur de tels conseils de surveillance serait de dire qu’après tout le consommateur aura toujours la liberté de s’exprimer avec son caddie. Plutôt que de le consulter sur une stratégie « marcom » en amont dont il n’est pas l’expert, autant analyser son comportement en aval vis-à-vis de l’acte d’achat du produit.
Il sera alors suffisamment temps de solliciter son avis dans des panels consos pour analyser ce qui lui a plu ou déplu, pourquoi et tenter d’optimiser ce qui peut l’être encore.
Après tout n’est ce pas là, la véritable essence du « consommateur Roi » ou comme l’appelle Robert Rochefort dans La société des consommateurs, le consom’acteur ?
Si ça vous intéresse je vous renvoie à mon précédent ouvrage Pub New Deal, pour un nouveau partenariat entre agences et annonceur face à un marketing en mutation et notamment au chapitre 15 de la Deuxième partie, intitulé « Ne tirez pas sur le pianiste ». Vous y trouverez une analyse plus en profondeur de la question ainsi qu’en toile de fond un appel à la « Brave Thinking » (pp 105-113)